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Crédit Mutuel du Sénégal: Résultats et enseignement tirés

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Aperçu du projet CMS

Le Crédit Mutuel du Sénégal (CMS) est un réseau à deux niveaux composé de 90 caisses mutuelles desservant environ 700 000 membres et plus de 120 000 emprunteurs sur ses 210 points de vente. Le réseau cible les agriculteurs, les micro entreprises et petites entreprises, les petits commerçants, les salariés et les retraités. L’objectif du projet AgriFin était d’augmenter les prêts du CMS au secteur agricole, tout en maintenant ses excellentes performances de remboursement sur l’ensemble de son portefeuille de prêts. Pour atteindre cet objectif, le projet portait sur les points suivants : 1) renforcement de la stratégie de financement de l’agriculture ; 2) amélioration des processus de prêt et de la méthodologie d’accord de prêts, y compris la création d’une unité spéciale dédiée au crédit à l’agriculture et aux ajustements du SIG ; 3) introduction de nouveaux produits de prêt au secteur agricole et d’un système de notation pour l’octroi de crédits à l’agriculture ; et 4) renforcement des capacités du personnel intervenant dans le crédit au secteur agricole.

L’objectif de cette note est de dégager les principaux résultats initialement obtenus par le CMS et de décrire certains des enseignements clés tirés du projet. Bien que les contextes diffèrent, ces enseignements peuvent être utiles pour d’autres institutions financières désireuses de développer leurs portefeuilles dans le secteur agricole.

Résultats

Création du Centre de financement agricole (CFA) pour diriger la croissance des financements en faveur du secteur agricole du CMS. Le CFA a été hébergé au sein du service de Développement commercial et est en relation étroite avec l’Unité de gestion des risques. Le Centre se compose d’une sous-unité interne responsable de la constitution et de la gestion d’un portefeuille de crédits au secteur agricole, et d’une sous-unité externe axée sur le développement des activités de financement du secteur agricole et sur la mobilisation des grands acteurs et marchés dont les agences de l’État, les organisations paysannes et leurs partenaires. La sous-unité externe exerce également un suivi des risques. Les autres responsabilités du CFA comprennent la gestion des produits de prêt actuels et futurs et les mises à jour de l’outil de notation de crédit ALES[1]. Le CFA effectue souvent des visites périodiques aux clients pendant la saison de production afin d’évaluer les progrès réalisés par les agriculteurs et les autres clients sur le plan technique, commercial et qualitatif. Le Centre transmet chaque mois des rapports d’activité à l’Unité de gestion des risques en décrivant le niveau des risques encourus et les problèmes.

Développement de quatre nouveaux produits de prêt pour les clients du secteur agricole. Avant le projet AgriFin, le CMS n’offrait pas de produits de prêt adaptés aux investissements et aux besoins saisonniers des clients du secteur agricole. Pour y remédier, le CMS a conçu quatre nouveaux produits de prêt :

Prêt à la production de cultures saisonnières pour financer l’achat d’intrants agricoles dont semences, engrais et pesticides ;

  • Prêt à la chaîne de valeur afin de financer les agriculteurs qui travaillent dans le cadre de contrats d’approvisionnement conclus avec un acheteur ;
  • Prêt à moyen terme pour le matériel agricole afin d’aider les clients à acquérir du matériel agricole pour l’utiliser sur leur propre exploitation et/ou le louer à d’autres agriculteurs ;
  • Crédit-stockage sous forme de prêts à court terme pour financement de fonds de roulement aux producteurs et aux collecteurs après la récolte, ce qui leur permet de stocker leur marchandise dans un entrepôt et de recevoir un prêt pour l’équivalent de la valeur marchande de la marchandise stockée.

En plus de faire évoluer la gamme de ses produits, le CMS a modifié ses approches de prêt. Le réseau a délaissé son approche traditionnelle de prêts axée sur les garanties pour passer à une approche de prêts axée sur les flux de trésorerie ; il a adopté un système d’évaluation plus standardisé en fonction des risques encourus et a aligné les modalités de remboursement des prêts sur les flux de trésorerie de l’agriculteur.

Mise en place d’un système de notation de crédit pour l’agriculture permettant une évaluation plus efficace du client. Une avancée majeure pour le CMS a été l’introduction d’un nouveau système d’évaluation des prêts basée sur une méthode de notation intégrée dénommée « Agricultural Loan Evaluation System » ou ALES (Système d’évaluation du crédit au secteur agricole) [2]. Ce système permet aux gestionnaires de crédit du secteur agricole d’évaluer efficacement les demandes de prêts des agriculteurs et de déterminer rapidement le risque de crédit des agriculteurs en fonction des marges brutes. Le système ALES s’appuie sur une base de données qui prend en compte les coûts et les volumes de production des principales cultures pour chaque zone de production agro-climatique particulière. En conséquence, il est impératif de procéder à une mise à jour régulière de la base de données afin de maintenir la pertinence de la notation. Le système calcule la moyenne de données des entrées et des sorties par culture et par région, et rejette les demandes ayant un score positionné en dehors d’une marge de sécurité déterminée par « l’appétence au risque » de l’institution financière. ALES a aidé les gestionnaires de crédit du CMS à améliorer leur compréhension de la production et de la transformation agricole. Il a permis au CMS d’augmenter le nombre de demandes de prêts traitées, de réduire les éléments subjectifs pris en compte dans un processus d’évaluation, d’éliminer les cas de surendettement et de faible productivité et de réduire graduellement la part non-performante du portefeuille. Le CMS a également développé des outils d’évaluation distincts pour la production animale (viande et lait) et pour la production de volaille.

Dispense d’une formation technique approfondie sur le crédit à l’agriculture à la direction et au personnel d’exploitation du CMS. Le projet AgriFin a aidé le CMS à institutionnaliser la formation sur le financement du secteur agricole, tout en s’assurant que l’institution conserve les compétences acquises au cours du projet bien au-delà de la fin de ce dernier. De nombreux supports pédagogiques et manuels sur les financements au secteur agricole ont été élaborés[3] et intégrés dans le programme de formation du personnel de base.

Enseignements tirés

Le renforcement des capacités en financement du secteur agricole nécessite parfois de procéder à des changements institutionnels et organisationnels majeurs. Le CMS a décidé de mettre à niveau ses capacités de financement du secteur agricole en créant un centre dédié au financement du secteur agricole, le CFA. Le CMS a cependant pris la précaution de ne pas instituer un système de prise de décision parallèle qui engendrerait de la confusion et un risque institutionnel. Pour cette raison, le CFA n’a pas été créé en tant qu’unité indépendante mais au sein du service de développement commercial, et il fait office de prestataire d’assistance technique interne pour l’ensemble du réseau CMS plutôt que d’être une unité de prise de décision. Ceci permet au réseau d’acquérir l’expérience nécessaire en financement de l’agriculture sans devoir procéder à une refonte des processus décisionnels.

Les outils automatisés de notation de crédit ont aidé le CMS à réduire les coûts associés à l’évaluation du client et à développer le portefeuille du secteur agricole. Le nouvel outil de notation du crédit adopté par le CMS, qui a également été présenté lors d’un webinaire AgriFin[4], permet à des gestionnaires de crédit possédant une connaissance limitée de l’agriculture d’évaluer efficacement les demandes de prêt des agriculteurs et de déterminer rapidement le risque de crédit des agriculteurs en fonction des marges brutes. Le système a rendu l’évaluation des demandes plus objective et a amélioré la productivité globale des gestionnaires de crédit. Afin de maintenir l’exactitude et la pertinence de l’outil ALES, le CMS met régulièrement à jour les données sous-jacentes sur lesquelles se fonde l’outil.

L’innovation produit fondée sur des études de faisabilité détaillées aide les institutions financières à éviter les erreurs que d’autres ont faites dans le passé. Au cours du projet AgriFin, le CMS a réalisé une étude de faisabilité détaillée sur le crédit-stockage au Sénégal. Le CMS désirait particulièrement en savoir davantage sur les contraintes spécifiques d’ordre institutionnel, commercial et comportemental qui ont détérioré les performances du crédit-stockage dans le passé. Deux enseignements importants ont été tirés de cette étude, qui ont influencé l’approche du crédit-stockage adoptée par le CMS. Tout d’abord, la banque s’est rendu compte qu’afin de promouvoir correctement le produit, elle devrait s’appuyer sur des médiateurs locaux qui feraient la promotion des produits et les expliqueraient aux agriculteurs ; dans le cas contraire, les agriculteurs hésiteraient à adopter un nouveau produit qu’ils ne comprennent pas clairement. L’expérience passée a également montré que le bénéfice net pour le déposant serait relativement faible compte tenu des coûts d’exploitation et de l’intérêt encouru sur le dépôt standard à six mois[5].

L’étude de faisabilité a conduit le CMS à poursuivre l’étude sur un plan plus stratégique en utilisant des ratios d’exposition financière prudents pour les caisses mutuelles locales et, lorsque c’est possible, en faisant la promotion du produit dans le cadre de modalités de financement de la chaîne de valeur, modalités selon lesquelles les agriculteurs passent des contrats directement avec les acheteurs industriels ou les meuniers. En dehors de cela, le crédit-stockage a été promu auprès des petites caisses mutuelles dans les marchés ruraux, où les acheteurs avaient tendance à former des cartels afin de comprimer les prix à un niveau beaucoup plus bas que sur des marchés comparables, et où des installations de stockage et de transport étaient disponibles. Les attentes en termes de volumes de prêts étaient modestes, tandis que les taux de remboursement dans le cadre d’un régime bien géré semblaient être très prometteurs. Dans la phase de conception et de test, une grande importance a été accordée à la définition d’approches de gestion du risque solides à tous les niveaux et à toutes les étapes, en collaboration avec les organisations paysannes existantes et expérimentées, ainsi qu’à la production d’un manuel opérationnel solide pour la gestion des stocks.

Figure: Approche de la chaîne de valeur du CMS

Afin de réussir l’introduction du financement de la chaîne de valeur (VCF), le CMS s’est résolu à commencer par les chaînes de valeur relativement bien connues et bien organisées. Pour financer une chaîne de valeur, une institution financière doit avoir une bonne compréhension de l’ensemble de la chaîne, y compris des acteurs y intervenant, des détails du fonctionnement, des conditions du marché et de l’évolution des prix. Une bonne compréhension de ces facteurs permet de mieux évaluer la rentabilité de la chaîne de valeur et sa résilience. Le CMS a pris la décision stratégique de concentrer ses activités initiales de VCF sur les filières riz et maïs dans la mesure où elles étaient relativement mieux connues de sa part et aussi relativement bien organisées. De plus, le CMS a été en mesure de tirer parti des relations existantes avec les acheteurs dans ces deux chaînes de valeur, ce qui a contribué à promouvoir le produit VCF plus efficacement. Un aspect clé du financement de la chaîne de valeur consistait dans les accords tripartites en vertu desquels le paiement du produit était transféré directement des acheteurs vers le compte bancaire de l’emprunteur détenu au CMS. Cela a permis su CMS de recouvrer facilement les remboursements de prêts en les prélevant directement sur le compte de l’emprunteur.

 


[1] ALES signifie « Agricultural Loan Evaluation System » (Système d’évaluation du crédit au secteur agricole) ; c’est un outil de notation de la solvabilité mis au point par la Frankfurt School of Finance and Management.

[2] Pour une présentation d’ALES sous forme de conférence en ligne (webinaire), rendez-vous sur le site Web d’AgriFin à l’adresse : https://www.agrifinfacility.org/event/webinar-credit-scoring-agriculture-lending

[3] Ceux-ci se trouvent sous la rubrique Tools Corner du site Web d’AgriFin

[5] Les taux d’intérêt annuels s’élevaient pour la plupart à 12 %. 

Publication Date: 
2015