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Réseau des Caisses Populaires du Burkina: Résultats et enseignement tirés

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Aperçu du projet

Le Réseau des Caisses Populaires du Burkina (RCPB) est le plus grand réseau de banques mutuelles et le plus grand établissement de microfinance au Burkina Faso. En décembre 2014, le réseau desservait directement 1,06 million de clients, dont 160 000 groupes comptant 1,7 million de membres indirects ; il desservait donc directement et indirectement environ 2,7 millions de personnes. Les services du réseau couvrent surtout les zones rurales, et 120 de ses antennes sur 185 y sont implantées. Le RCPB offre des services ciblés à sa clientèle diversifiée, qui compte des agriculteurs, des transformateurs du secteur alimentaire, des micro-entrepreneurs, des petites et moyennes entreprises, des petits commerçants et des salariés.

En 2013, le RCPB s’est associé avec AgriFin dans le but d’améliorer sa capacité à proposer des services financiers au secteur agricole et à développer des produits de prêt rentables à l’intention des PME agricoles. Les activités du projet étaient axées sur : 1) l’amélioration des systèmes globaux du réseau afin d’accroître son efficacité ; 2) le renforcement des capacités institutionnelles afin de mieux servir les clients agricoles par une formation du personnel et le développement de nouveaux outils, manuels et directives ; et 3) le développement de nouveaux produits financiers ciblant les clients agricoles. L’objectif de cette note est de faire un bref résumé des principaux résultats obtenus par le RCPB et de décrire certains des enseignements clés tirés du projet.

Résultats

Renforcement du portefeuille de prêts agricoles. Au cours du projet AgriFin, le RCPB a accru le nombre et la valeur de ses prêts au secteur agricole en plus d’améliorer son portefeuille à risque. Entre 2011 et 2014, les prêts du RCPB au secteur agricole ont progressé de 22 %, passant de 42,5 millions de dollars à 52,0 millions de dollars. Le nombre de prêts agricoles a également a progressé de 21 %, passant de 25 575 à 32 535. Le portefeuille à risque sur plus de 90 jours dans le secteur agricole est passé de 4,4 % à 2,5 %.

Amélioration du fonctionnement global des systèmes du réseau. Durant la phase de conception du projet, le RCPB a insisté sur la nécessité d’améliorer le fonctionnement global du réseau pour offrir des services financiers plus efficaces à l’intention du secteur agricole. Un certain nombre d’activités ont été entreprises dans ce sens notamment : i) l’élaboration d’une stratégie de financement agricole ; ii) l’évaluation du potentiel de financements en consortium afin de répondre aux besoins croissants des clients de plus grande envergure qui ne peuvent être satisfaits par les caisses mutuelles toutes seules ; iii) des études de marché visant à identifier les cultures et les produits offrant le meilleur potentiel de multiplication des prêts et d’introduction de financements dans la chaîne de valeur ; iv) l’élaboration d’un certain nombre de manuels et d’outils utilisés par le personnel, contribuant à l’amélioration de la qualité des processus de prêt ; v) l’amélioration du système d’information de gestion ; et vi) l’électrification de 15 agences de caisses mutuelles reculées, au moyen de panneaux solaires, et la connexion de ces agences à la plate-forme informatique à laquelle elles n’étaient pas reliées auparavant.

Élargissement du rôle des quatre Centres de financement des entreprises afin d’y intégrer les crédits au secteur agricole, ce qui a accru la capacité de prêt du réseau. Lorsqu’une demande de prêts plus importants s’est manifestée dans les PME et chez les clients les plus aisés, les caisses du réseau RCPB n’avaient ni la capacité ni l’expertise leur permettant de répondre à une telle demande. Pour résoudre ce problème, à l’orée des années 2000, le RCPB a créé le Centre de financement des entreprises à Ouagadougou, dans la région du Centre du Burkina Faso. La responsabilité principale du Centre était de prendre en charge l’évaluation technique de tous les prêts de plus de 9 000 dollars. Vu le succès obtenu par le Centre dans la réduction notoire des pertes subies sur les prêts, le RCPB a ouvert un deuxième centre à Bobo Dioulasso, une région à dominante agricole. Ce Centre couvre l’Ouest et le sud-ouest du Burkina Faso. Deux nouveaux centres ont été ouverts par la suite à  Ouahigouya et Koupela. Dans le cadre du projet AgriFin, le réseau a recruté cinq nouveaux conseillers de portefeuille agricole : un pour chaque CFE et un pour diriger et orienter le processus au siège. Le réseau s’est également considérablement investi dans leur perfectionnement. Ces conseillers sont maintenant chargés de toutes les évaluations techniques des prêts agricoles de plus de 9 000 dollars. Ils assurent en outre la formation et le coaching de leurs homologues des caisses mutuelles et s’occupent du développement théorique et pratique du crédit au secteur agricole. Ils font également office de relais pour l’identification de nouveaux produits, services, groupes de clients et chaînes de valeur à intégrer dans le réseau.

Amélioration du système d’information de gestion (SIG). Cela a permis au RCPB de faire un suivi plus étroit de son portefeuille de prêts agricoles. Au lieu de regrouper tous les prêts agricoles sous un seul chapeau, l’amélioration du système permet de catégoriser la production agricole, le commerce et les activités de transformation selon la culture exploitée, la région, le statut juridique, l’âge, le sexe, le nombre d’années d’expérience et les antécédents de prêts antérieurs. Ces améliorations permettent au RCPB d’identifier et d’isoler les facteurs qui influent sur le taux de remboursement des prêts.

Développement de fiches techniques renforçant la capacité des conseillers de crédit à réaliser plus efficacement des évaluations de prêt. Afin de renforcer la compréhension institutionnelle des activités agricoles et d’améliorer l’évaluation du client, le RCPB a entrepris la production de fiches techniques[1] couvrant six produits agricoles : le sésame, le maïs, les oignons, la viande rouge, le riz et le niébé. Les fiches techniques donnent des détails sur les systèmes de production et les techniques, y compris les volumes d’intrants nécessaires, les risques de maladie et les risques sur les cours, les coûts, les rendements et la rentabilité pour les produits agricoles respectifs. Les fiches techniques ont considérablement amélioré l’efficacité des conseillers de crédit en matière d’évaluation de prêt.

Développement d’un produit de financement à moyen terme de l’équipement agricole. Dans le cadre du projet, le RCPB a revu ses approches du financement pour le secteur agricole. Les clients ont la possibilité de choisir entre un prêt à terme et un contrat de leasing. Le réseau a passé des accords avec trois fournisseurs principaux d’équipements, en particulier les tracteurs et pompes à eau de petite taille, avec des clauses particulières prévoyant la vente des équipements repris en cas de défaillance et la fourniture de pièces détachées aux clients. Les fournisseurs dispensent également une formation à l’utilisation et à l’entretien des équipements aux emprunteurs. Dans le laps de temps relativement court qui s’est écoulé depuis que le produit a été proposé, les premiers prêts ont été mis en place. Le réseau est satisfait d’être maintenant en mesure d’élargir la gamme de ses produits destinés aux PME.

Mise en place d’une approche structurée et systématique de renforcement des capacités. Chaque fois qu’un produit, un outil, un manuel ou des directives ont été mis au point et validés, des supports de formation ont été élaborés, suivis d’une formation de formateurs qui ont à leur tour entrepris la formation du personnel. Cette formation en cascade a été en partie accompagnée et supervisée par un prestataire d’assistance technique externe. Plus de la moitié de tous les employés ont été concernés par le processus de formation, y compris tout le personnel intervenant dans le processus de prêt, des promoteurs de groupes de femmes dans les villages aux chefs de service du siège social. Les formations visaient à améliorer la compréhension des produits agricoles et des conditions dans lesquelles ils pourraient être profitables au client.

Enseignement tirés

Adaptation aux particularités du financement au secteur agricole. Après des décennies de financement du secteur du coton, avec son niveau élevé d’intégration, et la lente sortie du coton, le projet AgriFin a aidé le réseau à approfondir ses connaissances du secteur agricole, avec ses profils de clients et ses besoins de financement spécifiques. Les gestionnaires de crédits ont à présent une meilleure compréhension des cycles agronomiques et des contextes qui s’y rapportent, et sont désormais capables de détecter les signes de faiblesse ou l’apparition de nouveaux problèmes dans les autres chaînes de valeur. Une méthode standard pour les visites auprès des clients et les vérifications de leurs résultats a été définie, avec des rapports axés sur la maîtrise des risques lorsque c’est possible. Le réseau a également appris à évaluer d’autres associations d’exploitants agricoles que celles du secteur du coton, et à comprendre leurs profils de risque et leurs besoins de financement au sein de chacune des différentes chaînes de valeur financées.

L’apport d’une réponse à la demande croissante de prêts plus importants a imposé la mise en œuvre de changements institutionnels majeurs. Afin de répondre efficacement à la demande de prêts plus importants, un niveau nettement plus élevé d’expertise en financement de l’agriculture que ce qui existait au niveau de la caisse était nécessaire. Le RCPB a donc élargi le champ d’intervention des quatre Centres de financement des entreprises[2] qui diffusaient l’expertise nécessaire dans tout le réseau. En plus de s’occuper de prêts plus importants, les conseillers de portefeuille agricoles recrutés par les CFE ont été en mesure de transférer de nouveaux produits et outils d’évaluation au niveau des communautés et d’améliorer également les performances à ce niveau. Ils ont ouvert la voie à une nouvelle réflexion sur ce qu’il convient de financer dans le secteur agricole et ont aidé les caisses mutuelles à diffuser leurs messages aux clients potentiels. Cela a permis d’aller beaucoup plus loin que ce qu’une simple formation du personnel aurait donné, et notamment de mieux comprendre ce qu’il faut financer ou non, et comment. L’approche a encore renforcé l’utilité des CFE pour le réseau dans la mesure où les conseillers de portefeuille de prêts au secteur agricole ont acquis rapidement une bonne connaissance des processus utilisés pour l’évaluation d’autres types de prêts. Compte tenu de l’importance et du potentiel du secteur agricole pour l’économie du Burkina Faso, l’agriculture restera une priorité pendant un certain temps pour le réseau.

Lorsqu’on est confronté à une structure organisationnelle complexe, il est plus logique d’améliorer en priorité son fonctionnement avant de lancer de nouveaux produits. Bien qu’au stade de la conception du projet le RCPB ait envisagé des plans ambitieux de développement de nouveaux produits financiers pour les clients du secteur agricole, le réseau s’est rendu compte qu’il était nécessaire de commencer par se concentrer sur les enjeux organisationnels et systémiques et de renforcer les compétences de l’ensemble du réseau en matière de prêts au secteur agricole avant de se lancer dans d’autres activités complexes. Compte tenu de la capacité institutionnelle acquise par le RCPB dans le cadre du projet AgriFin, et maintenant que des changements institutionnels clés ont été mis en place, le réseau a l’intention de s’occuper du développement de produits, en se concentrant en particulier sur a) le financement de la chaîne de valeur et b) les PME du secteur agricole, comme décrit ci-dessous:

  • Financement de la chaîne de valeur. Le RCPB a approuvé le principe et cherche des occasions de pouvoir tester et affiner son approche. Dans le cadre de ce processus, le réseau s’est rendu compte qu’il était important de se doter d’autres approches et outils de gestion des risques, notamment la gestion des flux de paiement, la projection des prix du marché, la validité de la conclusion de contrats de vente présaison et la valeur des prévisions de rentabilité. Le réseau s’est de plus rendu compte que les gestionnaires de crédits et les conseillers de portefeuille des CFE ont un fort potentiel d’influence positive sur le comportement et les performances de leurs clients, en les conseillant en matière de stratégies de production et d’innovation, d’évolution du marché, etc.
  • PME du secteur agricole. Des enseignements similaires peuvent être tirés en ce qui concerne les PME du secteur agricole. Celles-ci avaient été identifiées au départ comme un nouveau segment potentiel de clientèle dans la mesure où elles avaient été jusqu’à présent mal desservies par le secteur financier ; leurs exigences étaient souvent inférieures à ce que les banques étaient prêtes à financer sans problème, mais supérieures à ce que les petites caisses acceptaient de financer. Le RCPB considère les PME du secteur agricole comme un vecteur de croissance et a l’intention d’identifier de potentiels clients et d’ajuster le fonds de roulement actuel et autres spécifications de produit à leurs besoins et leur potentiel.

Le renforcement des capacités internes à travers un programme efficace de formation de formateurs (ToT) a permis au RCPB de dispenser à bon compte une formation au personnel dans l’ensemble du réseau. Au cours des étapes précédentes du projet AgriFin, le RCPB avait identifié au sein de son personnel un certain nombre de formateurs professionnels et avait organisé à leur encontre une série de formations leur permettant d’animer des programmes de diffusion des connaissances adaptés et participatifs à destination des adultes, et de développer des supports pédagogiques appropriés. Ces mesures ont aidé le RCPB à créer un pool de formateurs capables de diffuser des messages importants à son personnel et à ses membres, de manière plus efficace et en obtenant un meilleur consensus que par les méthodes traditionnelles appliquées antérieurement. Désormais, un processus d’évaluation est toujours mis en œuvre à l’issue des sessions de formation, ce qui aide à améliorer les programmes de formation à venir. Un autre avantage de l’approche ToT est qu’elle contribue à la pérennisation du programme de formation dans la mesure où les formateurs sont des membres du personnel qui pourront dispenser d’autres formations au personnel à l’avenir en fonction des besoins. Un impact très positif a été obtenu grâce à une large participation du personnel du siège social et du personnel de terrain au processus de développement de formations, ce qui a permis d’approfondir et de perfectionner les produits finis et a eu un effet généralisé d’apprentissage sur le personnel, bien que ceci ait eu pour tendance de ralentir le processus de développement du programme.

 


[1] Les fiches techniques sont disponibles sur le site Web d’AgriFin à l’adresse : http://agrifinfacility.org/credit-risk-assessment-tools ; voir aussi le webinaire sur les expériences connexes au Mali avec des outils similaires.

[2] Référez-vous à la section Résultats pour en savoir plus sur les CFE.

Publication Date: 
2015